Les Femmes Congolaises Implorent le Conseil de Sécurité de l'ONU d'Aider à Mettre Fin à la Violence Sexuelle
Le 12 juin, 2008
Excellences,
Au nom des femmes congolaises, nous sommes heureuses de l'attention que vous portez à la crise causée par le fléau de violence sexuelle dans
les situations en conflit et post-conflit. Nous croyons que le Conseil de Sécurité ait un rôle essentiel à jouer pour mettre fin aux abus dont nous, et nos sœurs ailleurs dans le monde,
continuons à être victimes. En effet, des milliers des filles et femmes dans les zones de conflit à travers le monde sont victimes de viol et de violence sexuelle commis par les membres des
groupes armés. Nous sommes très heureuses que le Conseil ait planifié la discussion sur ce problème le 19 juin, et nous exhortons les membres du Conseil à remplir leurs obligations comme gardiens
de paix et de la sécurité internationales.
Nous, les 71 organisations locales qui représentons les femmes de la RDC, voudrions saisir cette opportunité pour vous exprimer
nos graves préoccupations liées au drame de violences sexuelles qui sont perpétrées sur les femmes et les petites filles de la RDC, particulièrement à l'est du pays.
Nous avons souffert beaucoup pendants les années de guerres. Malgré les efforts fournis au niveau international, régional, national et local
pour ramener la paix en RDC, la guerre contre les femmes ne cesse de s'amplifier de plus en plus.
Nous craignons l'extermination de notre société à cause de la violence sexuelle qui une fois faite sur une femme peut affecter ses enfants
et toute la communauté.
Tous les belligérants et même notre propre armée congolaise sont à la base de la violence sexuelle, et maintenant, après plusieurs années de
destruction, cette menace est devenue malheureusement une partie de notre culture.
Il est difficile d'imaginer le nombre de personnes, hommes et femmes confondus, décédés de fait de la violence sexuelle. Pendant le seul
mois d'avril 2008 dans la province du Nord-Kivu, plus de 880 cas de viol étaient documentés par les ONGs et les agences des Nations Unies. Mais cela ne représente qu'un dixième des cas qui
restent inconnus de fait de la peur, la honte, la stigmatisation, l'enclavement et l'impunité généralisée.
Nous sommes vulnérables dans nos champs, dans les rues, et même dans nos propres maisons. Même nos filles âgées d'au moins 3 ans sont
vulnérables quand elles jouent avec leurs amis ou sont sur le chemin de l'école.
La famille nucléaire, base de notre société, n'existe plus. Aujourd'hui au Congo, la femme est devenue un objet. Nous ne sommes pas
protégées. Nous n'avons pas la justice. Il y a une crise d'autorité et une culture de l'impunité.
Nous constituons plus de 52% de la population congolaise, mais nous occupons moins de 10% des sièges en violation de notre propre
constitution pendant que la guerre contre nous continue.
Convaincues que la violence sexuelle constitue un crime de guerre et un crime contre l'humanité, ce fléau doit être clairement perçu comme
une menace contre la paix et la sécurité en Afrique et dans le monde entier.
Nous saluons l'intention du Conseil de Sécurité à mettre sur pied une résolution spéciale par rapport à la violence sexuelle. Nous
souhaitons que cette résolution, qui sera d'une importance capitale pour nous et pour les femmes du monde entier, au minimum tienne compte de nos préoccupations pressantes et les recommandations
suivantes :
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Premièrement, nous vous exhortons à inclure le renforcement des systèmes judiciaires nationaux comme un élément intégral du mandat des
missions de l'ONU dans les zones de conflit. Les mandats doivent aussi inclure un appel pour garantir la justice internationale là où la justice nationale n'est pas opérationnelle. Ce sera
aussi important que vous insistiez sur le fait que les auteurs de violence sexuelle ne soient amnistiés après les conflits, et que les pays concernés soient exhortés à fournir une protection
adéquate aux victimes et aux témoins. La violence sexuelle n'est pas prise au sérieux par le système judiciaire ici au Congo, qui n'a ni la volonté ni les ressources pour réagir. Nous espérons
que vous pouvez nous aider à assurer que tous les auteurs présumés de la violence sexuelle sont transférés à la justice et jugés – et pas récompensés avec les promotions politiques et
militaires.
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Deuxièmement, nous vous encourageons à privilégier la prise en charge des victimes et à intégrer cet aspect comme élément intégral de
votre réponse aux conflits. Les femmes et les filles qui ont été victimes de violence sexuelle ont besoin des soins médicaux urgents pour soigner leurs blessures physiques et
mentales. Notre société ne peut pas guérir tant que les blessures de nos femmes et nos filles ne sont guéries. Nous croyons que la provision des soins médicaux aux victimes de la violence
sexuelle est nécessaire pas seulement pour leur paix individuelle, mais pour notre société à fin de rétablir la paix entièrement.
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Troisièmement, alors que nous applaudissions votre condamnation récente de la violence sexuelle dont nous souffrons, et vos actions dans
ce sens, nous vous rappelons que nous avons souffert pendant des décennies sans aucune action notable de votre part. Il faut nous rassurer que cette situation ne sera plus jamais répétée au
Congo ou ailleurs. Le Conseil de Sécurité ne devrait pas se taire pendant que des milliers des femmes souffrent du fait d'une violence sexuelle inexprimable. Nous prions le Secrétaire Général
de vous donner l'information sur les degrés et les modes de la violence sexuelle dans toutes les situations avant le Conseil, pour permettre votre analyse et action au moment opportun.
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Finalement, nous souhaitons que vous mettiez en place un mécanisme chargé de suivre le processus d'adhésion des états aux résolutions
pertinentes et antérieures concernant les femmes, notamment la Résolution 1325 qui demande explicitement des actions sur l'impact de guerre aux femmes, et les contributions des femmes à la
résolution des conflits et la paix durables.
Étant donné l'ampleur de la catastrophe de la guerre sur les femmes dans notre pays, nous souhaitons que le Conseil Sécurité puisse accorder
à ces recommandations toute la priorité qu'elles nécessitent.
Veuillez agréer, Excellences, nos salutations distinguées.
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